Sainte-Anne, de la sucrerie à la station balnéaire
L'histoire de Sainte-Anne commence par une chapelle : dès 1670, « Sainte-Anne-de-la-Grande-Terre » est mentionnée non loin de l'église actuelle, et la paroisse est attestée comme entité en 1691. Portée par l'agriculture canière et le commerce, elle devient rapidement la commune la plus riche et la plus peuplée de la Grande-Terre : au milieu du XVIIIe siècle, son bourg accueille le siège de la sénéchaussée de Grande-Terre et celui de l'amirauté, instituée en 1742, tandis que son port embarque sucre et rhum.
Ce rayonnement est brutalement interrompu en 1759 : en pleine guerre de Sept Ans, Sainte-Anne est entièrement détruite par les Anglais, et la sénéchaussée est transférée à Pointe-à-Pitre huit ans plus tard. La commune reste pourtant un foyer de résistance : terre de marronnage, elle est le théâtre d'une des premières révoltes d'esclaves de la période révolutionnaire en mai 1791. Après le décret d'abolition de 1794, elle est brièvement rebaptisée « Fraternité », un nom qu'elle porte jusqu'au rétablissement de l'esclavage par Bonaparte en 1802.
Sainte-Anne conserve sa vocation sucrière jusqu'au XXe siècle : elle compte encore trente-quatre sucreries au début des années 1900. Son église actuelle, œuvre de l'architecte Ali Tur, est reconstruite en béton armé après le cyclone de 1928. Ce n'est qu'à partir des années 1960 que l'économie locale se réoriente vers le tourisme balnéaire — la vocation que l'on connaît aujourd'hui, portée par le lagon de la Caravelle et son cordon de plages protégées.